Le décès de Romain Faure, survenu le 08 juillet dernier, alors qu’il circulait à vélo rue des Canonniers à Lille, a suscité une vague d’émotion parmi la communauté des cyclistes de la MEL et bien au delà. Romain Faure était urbaniste, il était activement engagé pour transformer nos territoires en des espaces plus inclusifs et apaisés. A la demande de sa famille, l’ADAV a accepté de se constituer partie civile lors du procès qui a opposé sa famille au chauffeur du poids lourd responsable de sa mort. L’audience s’est tenue le 02 septembre dernier, devant le tribunal correctionnel de Lille.
Le fait de se porter partie civile ne fait pas partie de la culture de notre association. Nos actions sont habituellement centrées sur la concertation avec les collectivités et la sensibilisation de différents publics (dans les écoles, auprès des chauffeurs de bus, lors de manifestations grand public...).
La décision de se porter partie civile lors du procès a été guidée par le fait qu’il s’agissait d’une demande de la famille mais aussi parce que les drames qui touchent les cyclistes et les piétons ne sont presque jamais le résultat de la fatalité. Les chiffres montrent que lorsque les états et les territoires s’engagent collectivement en faveur des piétons et des cyclistes, les violences routières diminuent. Se porter civile c’est donc aussi mettre en avant l’intérêt collectif défendu par notre association.
Se porter partie civile lors de ce procès, c’est donc porter une voix en faveur d’un partage de l’espace public dans le respect des usagers les plus vulnérables.
Lors de cette audience, la famille de Romain Faure a pu rappeler qui était Romain : un père de famille, un urbaniste engagé et un acteur de la transformation de notre territoire...
Représentée par Frédéric Devred et assistée par notre avocat, Me Titran, l’ADAV est intervenue pour défendre l’intérêt collectif qu’elle porte depuis plus de quarante ans : la sécurité des cyclistes, des piétons et de l’ensemble des usagers les plus vulnérables de l’espace public.
L’intervention de l’ADAV n’avait pas pour objet de nous substituer à la famille ni de demander une sanction particulière. Elle visait à rappeler que les violences routières ne sont pas une fatalité et que certaines infractions, souvent considérées comme mineures, peuvent avoir des conséquences dramatiques et irréversibles (dans cette situation : dépassement du 30km/h, pas d’arrêt au stop, insertion non autorisée sur une voie bus vélo). L’ADAV a également souligné la nécessité de poursuivre les actions de sensibilisation, de prévention et d’éducation afin de mieux protéger les usagers vulnérables et de faire progresser le respect des règles destinées à préserver la vie humaine. Plusieurs pistes de réflexion et d’actions à mener ont été évoquées lors de la préparation de l’audience, notamment sur la prévention des comportements routiers dangereux et sur les moyens d’améliorer le suivi des professionnels de la conduite. Ces sujets feront l’objet d’une réflexion spécifique de l’ADAV en lien avec la famille de Romain...
Des dommages et intérêts ont été demandés par notre association. Nous avons demandé la somme de 17 000€ afin de pouvoir mettre en œuvre des actions de sensibilisation et de prévention autour des violences routières. Ces actions pourraient prendre la forme d’outils de communication (création et diffusion) pour sensibiliser sur l’insécurité engendrée par les incivilités et infractions ; il pourrait également s’agir d’actions de sensibilisation et de formation auprès de chauffeurs de poids lourds. Les dommages et intérêts demandés permettraient en outre de pouvoir couvrir les sommes engagées pour le procès.
La décision a été mise en délibéré et sera rendue le 30 septembre. Nous vous tiendrons informés de la décision du tribunal lorsqu’elle sera rendue.